un homme peut détruire toute chose en lui-même : l'amour, la foi, la haine et même le doute
mais aussi longtemps qu'il tient à la vie, il ne peut pas détruire la peur
joseph conrad
Elle ouvre la porte et découvre son invité mouillé de la tête au pied. L’eau ruisselle le long de son beau visage bronzé.
Il se sent vraiment bête ainsi dégoulinant et s’excuse :
- « Je suis réellement désolé, lorsque je suis parti, la pluie menaçait, mais je ne pensais pas prendre une telle averse sur la tête. J’avais oublié comme il peut pleuvoir ici ».
Elle se met à rire de bon cœur. La joie de le revoir là dans son entrée est immense.
- « Ne t’en fais donc pas autant. J’ai l’habitude de recueillir à la maison de pauvres pélerins trempés jusqu’aux os en cette saison. Entres donc, que je te serres dans mes bras ».
- « Bonsoir maman, que c’est bon d’être de retour à la maison ».
- « Bonsoir mon beau. Tu as perdu du poids, non ? ».
- « Et toi tu es très en beauté ce soir. Tu t’es fait belle pour moi ?. Attends un peu, je ne suis pas venu seul, j’ai une surprise pour toi ! ».Ça y est. Il pleut enfin. Les nuages sont arrivés tôt ce matin, dans le ciel au dessus de ce petit village. La température a quelque peu baissé, mais rien d’autre. La pluie s’est mise a tombé seulement maintenant. Il ne fait pas plus froid, mais l’humidité oblige Chloé a mettre un petit gilet pour la soirée, par dessus sa petite robe fleuri qu’elle a mis pour l’occasion. Elle a encore une heure devant elle pour finir de préparer sa maison et le repas avant que son invité arrive.
Pour ce soir elle a prévu une petite salade accompagnée de menthe fraîche du jardin, un petit mijoté à base de bœuf, et en dessert son meilleur gâteau au chocolat, fait maison, évidemment. Elle accorde également beaucoup d’attention à sa table, elle aime la personnaliser, mettre un beau bouquet de fleurs tout en couleurs, qui tranche bien avec la vaisselle blanche, au lignes droites et pures.
Le chat vient d’entrer dans la cuisine, il vient se frotter aux jambes de Chloé tout en ronronnant. Il a faim, c’est l’heure à laquelle elle lui donne à manger habituellement, mais là elle a d’autres préoccupations. Le matou va devoir patienter un peu, il suit des yeux sa maîtresse qui s’affaire aux fourneaux. L’heure tourne, plus que quelques minutes.
Elle repart à la table poser les serviettes savamment pliées sur les assiettes… On sonne à la porte, ça y est, il est là. Juste le temps de jeter un coup d’œil au miroir pour remettre une mèche de cheveux derrière l’oreille, puis elle se dirige vers la porte pour ouvrir à son invité.
Ils sont là dans le noir du passé, et parfois on les croise au détour d'une rue.
Ils passent comme si de rien était, puis se retournent pour bien vous montrer que vous ne rêvez pas, qu'ils sont toujours présents.
Présents, jusqu'à quand ?
Vous ne le savez pas !
Peut être jusqu'à ce qu'ils se trouvent quelqu'un d'autre à hanter !!!
"tout est plus glamour quand vous le faites sur votre lit
même peler des pommes de terre"
andy warhol
Il vient d'entrer dans le café où ils se sont donnés rendez-vous. Mais pour l'instant elle l'observe. Elle fait ça à chaque fois qu'elle doit rencontrer quelqu'un du Net. Elle aime observer la personne avec qui elle a échangé des messages durant quelques jours, quelques semaines ou quelques mois, avant d'aller lui parler. Il devait porter une chemise bleue et un jean; s'installer près d'une fenêtre, face à l'entrée et avoir un livre. La photo qu'il avait publié sur sa fiche est fidèle à la réalité, le sourire en moins cependant. Il commande un café noir et un grand verre d'eau. D'où elle s'est placée, elle peut entendre sa voix, douce et grave. Il ouvre le livre en son milieu et commence à lire. Il passe sa grande main virile dans ses cheveux noirs et épais.
Elle doit maintenant sortir par la porte du fond, pour faire son entrée. Elle aime ces quelques secondes volées avant le rendez-vous, ça lui donne du courage.
Un dernier coup d'yeux dans son miroir de poche, elle remet une mèche de cheveux derrière son oreille par habitude. Sa main de maintenant posée sur la poignée de la porte du café, elle la pousse et entre. Leurs regards se croisent et immédiatement le sourire qu'il avait sur la photo illumine son visage. Elle avance vers lui, il se lève pour la saluer. Il garde un peu plus que nécessaire sa petite main froide dans la sienne, très chaude. Il l'invite à s'assoir et lui demande ce qu'elle souhaite prendre, tout en faisant un petit geste discret au serveur pour qu'il vienne prendre commande.
Ils sont face à face, l'écran d'ordinateur en moins, la suite de leur histoire leur appartient.
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